Aventures d'un prisonnier fran?ais en Angleterre 【電子書籍】[ ROBERT LOUIS STEVENSON ]
<p>Extrait :</p> <p>C’?tait au mois de mai 1813 que j’avais eu le malheur de tomber aux mains des Anglais. Ma connaissance de la langue anglaise, ー j’avais appris cette langue d?s l’enfance et la parlais presque aussi ais?ment que le fran?ais, ー m’avait valu d’?tre choisi par mon colonel pour certaine besogne des plus d?licates. Un soldat doit toujours suivre sa consigne, quels qu’en soient les risques ; mais le risque de cette consigne-l? consistait, pour moi, ? ?tre pendu comme espion, ce qui n’est jamais une perspective bien agr?able : de telle sorte que je m’estimai heureux, quand je fus pris, de me voir simplement trait? en prisonnier de guerre. On me transporta d’Espagne en ?cosse, et je fus enferm? dans l’ancien ch?teau d’?dimbourg, qui ー peut-?tre mon lecteur ne l’ignore-t-il pas ? ー se dresse au milieu de cette ville, sur la pointe d’un rocher fort extraordinaire.</p> <p>J’avais l? pour compagnons plusieurs centaines de pauvres diables, tous simples soldats comme moi, et dont la plupart se trouvaient ?tre des paysans ignorants et peu d?grossis. Ma connaissance de la langue anglaise, qui m’avait conduit ? cette f?cheuse position, m’aidait maintenant beaucoup ? la supporter. Elle me procurait mille petits avantages. Souvent on m’appelait pour servir d’interpr?te, soit que l’on e?t des ordres ? donner aux prisonniers, ou que ceux-ci eussent ? faire quelque r?clamation ; et ainsi j’entrais en rapports, parfois m?me assez familiers, avec les officiers anglais charg?s de nous garder. Un jeune lieutenant avait daign? me choisir pour ?tre son adversaire aux ?checs ; j’?tais particuli?rement habile ? ce jeu, et m’arrangeais si galamment pour perdre la partie que le petit lieutenant m’offrait, en r?compense, d’excellents cigares. Le major du bataillon prenait de moi des le?ons de fran?ais pendant son d?jeuner, et parfois il poussait la condescendance jusqu’? me permettre de partager son repas. Ce major s’appelait Chevenix. Il ?tait raide comme un tambour-major, et ?go?ste comme un Anglais, mais c’?tait un homme d’honneur. Sans pouvoir me r?soudre ? l’aimer, je me fiais ? lui ; et, pour insignifiante que la chose puisse sembler, j’?tais fort heureux de pouvoir, ? l’occasion, plonger mes doigts dans sa tabati?re d’?caille, o? une f?ve achevait de donner un go?t d?licieux ? du tabac d’Espagne de premi?re qualit?.</p> <p>Nous ?tions, en somme, une troupe de prisonniers d’assez peu d’apparence. Tous les officiers fran?ais pris avec nous avaient obtenu leur libert?, moyennant leur parole d’honneur de ne pas sortir d’?dimbourg. Ils vivaient pour la plupart dans la ville basse, log?s chez l’habitant ; et ils s’ennuyaient de leur mieux, supportant le plus philosophiquement qu’ils pouvaient les mauvaises nouvelles qui leur arrivaient, ? pr?sent presque sans arr?t, d’Espagne et d’Allemagne. Parmi les prisonniers du ch?teau, je me trouvais par hasard le seul gentilhomme. Bon nombre d’entre nous ?taient des Italiens, d’un r?giment qui avait subi de grosses pertes en Catalogne. Le reste ?taient des laboureurs, des vignerons, des b?cherons, qui s’?taient vus soudainement, ー et violemment, ー promus au glorieux ?tat de soldats de l’empereur.</p> <p>Nous n’avions qu’un seul int?r?t qui nous f?t commun. Tous ceux d’entre nous qui poss?daient quelque adresse de doigts employaient les heures de leur captivit? ? confectionner de petits jouets, ー que nous appelions desarticles de Paris, ー pour les vendre ensuite ? nos visiteurs. Car notre prison ?tait envahie tous les jours, dans l’apr?s-midi, par une foule de gens de la ville et de la campagne, venus pour exulter de notre d?tresse, ou encore, ー ? juger les choses avec plus d’indulgence, ー du triomphe accidentel de leur propre nation. Quelques-uns se comportaient parmi nous avec une certaine apparence de piti? ou de sympathie. D’autres, au contraire, ?taient bien les personnages les plus impertinents du monde ; ils nous examinaient comme si nous avions ?t? des babouins, cherchaient ? nous convertir ? leur religion, comme si nous avions ?t? des sauvages, ou bien nous torturaient en nous criant les d?sastres des armes fran?aises. Mais, bons, m?chants, ou indiff?rents, il y avait une compensation ? l’ennui que nous causaient ces visiteurs car presque tous avaient l’habitude de nous acheter un ?chantillon de notre savoir-faire.</p> <p>Cette coutume avait m?me fini par provoquer chez nous un certain esprit de comp?tition. Quelques-uns d’entre nous avaient la main habile, et parvenaient ? mettre sur le march? des petits prodiges de dext?rit?, comme aussi de bon go?t, car le g?nie du Fran?ais est toujours distingu?. D’autres, ? d?faut de talent, avaient une apparence ext?rieure plus engageante : une jolie figure servait presque autant que de belles marchandises, au point de vue de notre commerce ; et un air de jeunesse, en particulier, avait de grandes chances de provoquer chez nos visiteurs un mouvement d’attention des plus lucratifs.</p>画面が切り替わりますので、しばらくお待ち下さい。 ※ご購入は、楽天kobo商品ページからお願いします。※切り替わらない場合は、こちら をクリックして下さい。 ※このページからは注文できません。
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